Sexisme : Ala Chebbi fait une autre victime

Sexisme : Ala Chebbi fait une autre victime

une autre femme artiste victime de Ala Chebbi

En renvoyant les artistes femmes au regard des membres de leur famille sur leur travail, certains journalistes prennent part à une violence sexiste et systémique subie par les femmes depuis la nuit des temps.

 

 

Le 29 juin 2019, la chanteuse Mariem Noureddine, accessoirement la fille de l’artiste Noureddine Kahlaoui, quitte le plateau de l’émission « Fekrat Sami el Fehri » à cause d’une question posée par Ala Chebbi et jugée déplacée. On vous dit tout.

On est samedi soir, sur la chaîne Al Hiwar Ettounsi. Ala Chebbi présente Fekrat Sami Al Fehri , une émission de variété et de divertissement. Au menu, une prestation de la chanteuse Mariem Noureddine ponctuée par une interview succulente et intime de l’artiste.

Seulement, cette fois, Ala Chebbi fait face à une invitée récalcitrante et réactive, refusant de répondre à l’une de ces questions et remettant en cause sa créativité et son professionnalisme.

Qu’avait pensé votre père en regardant votre dernier clip?”, lui demande l’animateur en renvoyant à son clip polémique Day Day, mettant en scène un groupe de jeunes qui dansent. Selon l’animateur, les jeunes hommes sur cette vidéo “sont maniérés” et il lui parait nécessaire que Mariem Noureddine réponde à ses détracteurs l’accusant de soutenir des associations militantes LGBTQI+. L’invitée s’en dédouane et elle ne perd son sang-froid que lorsque l’animateur l’interroge sur le regard que porte Noureddine Kahlaoui sur le travail de sa fille : “Cette question m’a été posée au moins dix fois récemment. Où se trouve le côté professionnel ? L’innovation ? La créativité ? Où est le vrai journalisme ? Si à chaque fois que je me rends à un plateau de télévision, on me pose cette question… je ne viens pas là pour parler de mon père…

 

 

 

 

Dans une tentative balbutiante pour se défendre, Ala Chebbi lui cite les 5 W du journalisme, estimant que sa question est professionnelle et que la jeune femme n’est pas qualifiée pour évaluer ses compétences. Suite à cela, l’invitée quitte le plateau.

La tradition sexiste d’Al Hiwar Ettounsi, se prolonge

Après plusieurs condamnations par la HAICA et un lourd passé de multirécidiviste en matière de sexisme sur les plateaux de télévision, Ala Chebbi fait une énième victime et ne comprend toujours pas les sanctions qu’on lui inflige. Cette fois, c’est son invité qui a réagi en refusant une humiliation.

“Qu’avait pensé votre père de votre dernier clip ?”, telle a été sa question. Une interrogation qui revient régulièrement quand il s’agit d’interviewer des femmes artistes sur Al Hiwar Ettounsi : on est en octobre 2017, Naoufel Ouertani, présentateur de l’émission Labes reçoit Najla Tounsia : ″Votre fille est-elle fière du métier de sa mère?”, lui demande-t-il. Et l’interprète lui répond, émue : “Ma fille est encore jeune, je ne sais pas quelle sera sa réaction quand elle sera plus grande, mais c’est mon métier, je n’en ai pas d’autre. C’est ma seule source de revenu pour que je puisse l’élever” et là, elle s’effondre et elle fait un geste de la main pour qu’on arrête de filmer. Plus tard, on retrouve la séquence de Najla Tounsia en train de pleurer à chaude larme, véhiculée sur internet.

Le 22 juin 2019, Ala Chebbi reçoit Assawer Ben Mohamed, chanteuse et actrice et ayant récemment célébré ses fiançailles: “Désormais, vous êtes fiancée, accepteriez-vous encore des rôles de séduction?“, l’interroge-t-il, tout en lui posant des questions sur le caractère de son futur époux.

Le syndrome de la femme décapitée

En renvoyant les artistes femmes au regard des membres de leur famille sur leur travail, certains journalistes prennent part à une violence sexiste et systémique subie par les femmes depuis la nuit des temps. Cette violence a un nom: l’appropriation des femmes, de leur corps, de leur destin et les injonctions qui leur sont faites pour se soumettre en société et vivre sous le joug de la domination masculine. C’est une entreprise contre l’émancipation des artistes tunisiennes, toujours ramenées à l’autorité parentale ou maritale: si votre père désapprouve votre clip, c’est que vous êtes immorale. Si vous pleurez en imaginant que votre fille n’est pas fière de votre métier, alors vous savez au plus profond de vous que ce que vous faites est indécent. Si vos fiançailles vous poussent à changer d’avis sur le choix de vos futurs rôles, c’est que vos anciens rôles étaient putassiers.

Slut-shamers de grande envergure, les présentateurs ne prennent pas la protection des bonnes mœurs à la légère et accusent la HAICA de persécutions injustifiées. Pourtant, ils décapitent les femmes régulièrement à l’antenne et jouent le jeu des intégristes. Ces derniers, selon les mots de Kamel Daoud,écrivain et journaliste algérien, dépossède les femmes de leur droit sur leur corps et leur avenir: “ La femme appartient au domaine public, elle appartient à son père, à sa mère, à son frère, à son mari mais elle ne s’appartient pas. Elle est chargée de se transporter, de se nourrir, de prendre soin de son corps mais il n’est pas à elle, c’est un bien vacant.” L’auteur de Zabor et les psaumes vise ici le comportement des fondamentalistes les plus virulents… Pourtant, il nous fait bien penser à tous ceux qui s’amusent à traiter les tunisiennes comme la propriété de leur famille.